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Benoit Hamon ou la mort clinique du Parti Socialiste


 


Le choix de Benoît Hamon comme candidat du Parti socialiste marque un tournant important. C’est la première fois depuis Mitterrand, qu’un candidat de la première gauche est choisi par le parti. C’est surtout la première fois que le parti n’envoie pas au combat un « réaliste ».

Attention. Malgré sa communication pour nous faire croire qu’il serait le symbole du changement, Hamon est bien un pur produit de l’appareil socialiste. Celui que toute personne qui a un tout petit peu milité connaît, mais qui peut paraître étrange à un non-initié. Hamon c’est le MJS, comme pour d’autres l’UNEF et la MNEF… Formé dans les mêmes cercles que Manuel Valls[1], attaché parlementaire à 24 ans, président du Mouvement des Jeunes Socialistes deux ans plus tard, il est la définition même de l’apparatchik socialiste.

Le PS a toujours été constitué de deux blocs. L’un, majoritaire chez les militants mais minoritaire dans l’électorat et chez les cadres dirigeants, qui se sent proche du PC, l’autre, historiquement surnommé la deuxième gauche, qui a formé la plupart des têtes pensantes du parti. Les dirigeants du parti étant généralement des anciens du camp majoritaire converti au réalisme par les seconds.

Hamon, c’est l’inverse.  Formé chez les rocardiens[2] mais passé de l’autre côté au moment du débat sur la constitution européenne. Il représente cette partie du PS qui pense que c’est le PC qui a toujours eu raison, mais qu’il vaut mieux être dans un parti qui a une chance de gagner que dans un parti dont l’ambition est de perdre.

 

Le retour du refoulé

La primaire de 2012 avait constitué une rupture importante, avec la victoire d’un candidat réformiste et social-démocrate. Il était évident qui si le scrutin avait été réservé aux adhérents, François Hollande n’aurait eu aucune chance de l’emporter. Et c’est justement la preuve de l’échec des primaires de cette année, à gauche comme à droite : les victoires d’Hamon et de Fillon, c’est-à-dire les victoires des candidats des militants. Sur des lignes bien plus dures que celles des sympathisants des deux camps.

Car en effet, non seulement Hamon ne représente pas grand-chose dans l’opinion, mais en plus, il s’agit d’une partie déjà portée par Jean-Luc Mélenchon, qui l’incarne depuis une dizaine d’années. Autant dire qu’Hamon se prépare un score digne de Gaston Deferre en 69[3], c’est-à-dire la dernière fois que les socialistes ont envoyé un homme d’appareil à l’élection.

 

La fin du parti socialiste ?

Le parti socialiste avait été créé sur les décombres de la SFIO par un homme, François Mitterrand, qui n’y avait jamais appartenu mais qui avait compris que la victoire dans les années 70 se ferait en siphonnant les militants et structures du Parti communiste, voire en singeant son discours mais en l’intégrant dans un programme politique et idéologique construit par la deuxième gauche. Récupérer les 21% de Duclos et les idées de Rocard, pour terminer l’analogie avec 1969.

On pourrait espérer finalement que la mort du PS représente la fin de ce parti créé pour servir un homme et qui, depuis sa victoire en 81, a démontré son incapacité à incarner des idées nouvelles du fait à la fois de la distance toujours plus grandes entre ses militants qui continuent de singer les années 70 et le quotidien des classes populaires et, surtout, du fait d’être devenu un parti de notables et d’élus locaux, empêtré dans des manœuvres électorales et des déclarations d’intentions plutôt que dans une recherche d’une rénovation idéologique, malgré quelques tentatives timides, par François Hollande en particulier, d’aller vers la social-démocratie.

 

Faire revivre la social-démocratie

Car c’est bien le problème aujourd’hui. Qui pour incarner la social-démocratie ? Si on doit crever l’abcès et refonder les structures de la gauche, autour de qui et de quelles organisations peuvent se regrouper les partisans de la deuxième gauche ? Car si Mélenchon incarne sans difficulté la première gauche, il est difficile de dire qu’Emmanuel Macron incarne la deuxième. Ses soutiens continuent de dire qu’il n’est ni de gauche, ni de droite[4] et certaines de ses positions sur les sujets symboliques, moraux et sociétaux sont au minimum flous voire dérangeants[5] et, à force de ne pas vouloir sortir du bois, on commence à se demander si un vrai programme se cache sous le brushing.

Etre social-démocrate, ce n’est pas seulement être « réaliste ». C’est affirmer des convictions fortes, mettant l’homme et ses libertés au centre de tout dispositif. C’est croire dans un état qui garantit les valeurs fondamentales, à commencer par la laïcité, attaquée de toute part aujourd’hui. C’est agir sur les fondements sociaux que sont le logement, l’éducation et la santé car c’est ici que se situent les missions de l’Etat. C’est permettre les conditions du dialogue social pour sortir d’un schéma autoritaire sans cesse répété. Et il faut faire vite, car chaque échec du camp démocrate renforce les populistes et nourrit les fascismes.

 


[1] http://www.lejdd.fr/Politique/Manuel-Valls-et-Benoit-Hamon-les-trajectoires-des-freres-siamois-843434

[2] http://www.slate.fr/story/120535/rocard-deuxieme-generation-seconde-gauche

[3] http://www.france-politique.fr/election-presidentielle-1969.htm

[4] http://www.huffingtonpost.fr/2017/01/27/laurence-haim-avait-promis-de-ne-pas-faire-de-langue-de-bois-el/

[5] http://www.lepoint.fr/politique/emmanuel-macron-plus-royaliste-que-socialiste-07-07-2015-1943115_20.php

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