Peu de pays ont une histoire récente aussi tragique que la Syrie : 50 ans de dictature, 13 ans de guerre civile, et des massacres oubliés, comme celui de la ville de Hama en 1982. Cette dictature héréditaire, où le fils s’est révélé aussi sanguinaire que le père, s’est appuyée sur une forme de crédit idéologique, lié au mythe socialisto-laïque du parti Baas, bien éloigné de la réalité du régime des Assad.
Voir ce régime s’effondrer en quelques jours, même si la prudence reste de mise quant aux vainqueurs, suscite un formidable élan d’espoir. Aucune dictature n’est éternelle, et aucun peuple n’est destiné à être martyr. Que tous les tyrans du monde gardent cette réalité en tête !
Aujourd’hui, il est impossible de prévoir ce que sera la Syrie de demain. Les rebelles forment un mélange hétéroclite : des jihadistes qui ont lissé leurs discours (et pour l’instant, leurs actes), des mercenaires à la solde turque, les rares survivants de l’opposition laïque, et les Kurdes. Tous ont des agendas différents, et le sort des minorités ethniques et religieuses sera crucial. Cependant, la joie populaire semble unanime dans les villes libérées, et personne en Syrie ne semble croire qu’il soit possible de faire pire que les Assad.
Ce qui étonne, c’est que cette joie trouve peu d’écho hors de Syrie. Certes, les événements ont pris tout le monde de court, mettant en lumière des hommes et des organisations inconnus. Mais il reste impressionnant de voir des experts qui n’ont rien vu venir, donner des leçons sur les plateaux télé. Il est fascinant d’observer les obsédés de la « Gazasphère » imaginer que tout cela n’est qu’un complot israélien. Plus frappant encore, ceux qui ont fermé les yeux sur les crimes contre l’humanité des Assad se permettent aujourd’hui de proclamer leur méfiance envers les nouveaux maîtres de Damas.
Que cela nous apprend-il sur nous-mêmes et sur la classe politique française ? Cela révèle que les deux partis populistes, enfermés dans une logique de refus du compromis, sont aussi ceux qui ont soutenu Assad. Difficile d’y voir une coïncidence. Que l’extrême droite soutienne des dictateurs ne surprend guère, surtout lorsque ceux-ci partagent les mêmes créanciers. Mais qu’un parti prétendant défendre la souffrance palestinienne et revendiquer un leadership moral à gauche soutienne un dictateur responsable de massacres, de tortures et de l’exode de millions de Syriens, voilà qui doit nous interpeller.
Ceux qui se disent les champions de la cause palestinienne ont étouffé la voix du peuple syrien. Leur humanisme à géométrie variable a décrédibilisé ceux qui tentaient d’alerter sur les drames vécus par la population syrienne, tout en relayant la rhétorique d’un Assad indéboulonnable présenté comme un rempart contre l’islamisme.
12 jours. Il aura suffi de 12 jours pour que ce régime s’effondre.
N’oublions pas nos dirigeants, Barack Obama en tête, qui ont refusé d’aider le peuple syrien lorsqu’il mourait sous les armes chimiques. Leur inaction entre 2011 et 2013 a permis l’émergence de l’État islamique et contraint aujourd’hui les Syriens à placer leurs espoirs dans les mains d’un « jihadiste modéré ». L’abandon du peuple syrien, c’est le Munich du XXIe siècle : une trahison fondatrice qui a ouvert à Poutine la voie de la déstabilisation mondiale. C’est aussi le terreau du renouveau jihadiste, responsable de tant de souffrances dans le monde arabo-musulman et en Europe. Le cynisme, en politique c’est le poison qui tue les peuples, lentement mais surement.
N’oublions pas non plus ceux qui, au nom de la même realpolitik, appellent aujourd’hui à abandonner l’Ukraine, prétendant qu’il est impossible de faire tomber Poutine, comme ils affirmaient hier qu’Assad était indétrônable.
N’oublions pas les Afghanes sacrifiées, les Birmans invisibilisés, le courage de la jeunesse iranienne. N’oublions pas non plus les peuples palestiniens et israéliens, à qui l’on veut faire croire que la haine est une fatalité.
Et surtout, n’oublions pas les Syriens, qui viennent de nous rappeler le sens du mot espoir.
Voir ce régime s’effondrer en quelques jours, même si la prudence reste de mise quant aux vainqueurs, suscite un formidable élan d’espoir. Aucune dictature n’est éternelle, et aucun peuple n’est destiné à être martyr. Que tous les tyrans du monde gardent cette réalité en tête !
Aujourd’hui, il est impossible de prévoir ce que sera la Syrie de demain. Les rebelles forment un mélange hétéroclite : des jihadistes qui ont lissé leurs discours (et pour l’instant, leurs actes), des mercenaires à la solde turque, les rares survivants de l’opposition laïque, et les Kurdes. Tous ont des agendas différents, et le sort des minorités ethniques et religieuses sera crucial. Cependant, la joie populaire semble unanime dans les villes libérées, et personne en Syrie ne semble croire qu’il soit possible de faire pire que les Assad.
Ce qui étonne, c’est que cette joie trouve peu d’écho hors de Syrie. Certes, les événements ont pris tout le monde de court, mettant en lumière des hommes et des organisations inconnus. Mais il reste impressionnant de voir des experts qui n’ont rien vu venir, donner des leçons sur les plateaux télé. Il est fascinant d’observer les obsédés de la « Gazasphère » imaginer que tout cela n’est qu’un complot israélien. Plus frappant encore, ceux qui ont fermé les yeux sur les crimes contre l’humanité des Assad se permettent aujourd’hui de proclamer leur méfiance envers les nouveaux maîtres de Damas.
Que cela nous apprend-il sur nous-mêmes et sur la classe politique française ? Cela révèle que les deux partis populistes, enfermés dans une logique de refus du compromis, sont aussi ceux qui ont soutenu Assad. Difficile d’y voir une coïncidence. Que l’extrême droite soutienne des dictateurs ne surprend guère, surtout lorsque ceux-ci partagent les mêmes créanciers. Mais qu’un parti prétendant défendre la souffrance palestinienne et revendiquer un leadership moral à gauche soutienne un dictateur responsable de massacres, de tortures et de l’exode de millions de Syriens, voilà qui doit nous interpeller.
Ceux qui se disent les champions de la cause palestinienne ont étouffé la voix du peuple syrien. Leur humanisme à géométrie variable a décrédibilisé ceux qui tentaient d’alerter sur les drames vécus par la population syrienne, tout en relayant la rhétorique d’un Assad indéboulonnable présenté comme un rempart contre l’islamisme.
12 jours. Il aura suffi de 12 jours pour que ce régime s’effondre.
N’oublions pas nos dirigeants, Barack Obama en tête, qui ont refusé d’aider le peuple syrien lorsqu’il mourait sous les armes chimiques. Leur inaction entre 2011 et 2013 a permis l’émergence de l’État islamique et contraint aujourd’hui les Syriens à placer leurs espoirs dans les mains d’un « jihadiste modéré ». L’abandon du peuple syrien, c’est le Munich du XXIe siècle : une trahison fondatrice qui a ouvert à Poutine la voie de la déstabilisation mondiale. C’est aussi le terreau du renouveau jihadiste, responsable de tant de souffrances dans le monde arabo-musulman et en Europe. Le cynisme, en politique c’est le poison qui tue les peuples, lentement mais surement.
N’oublions pas non plus ceux qui, au nom de la même realpolitik, appellent aujourd’hui à abandonner l’Ukraine, prétendant qu’il est impossible de faire tomber Poutine, comme ils affirmaient hier qu’Assad était indétrônable.
N’oublions pas les Afghanes sacrifiées, les Birmans invisibilisés, le courage de la jeunesse iranienne. N’oublions pas non plus les peuples palestiniens et israéliens, à qui l’on veut faire croire que la haine est une fatalité.
Et surtout, n’oublions pas les Syriens, qui viennent de nous rappeler le sens du mot espoir.

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