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A mes amis abstentionnistes

Dimanche, nous sommes appelés aux urnes. Dans la plupart des régions, trois choix s’offrent à nous. Dans certains, plus que deux. Un seul parti sera présent dans toutes les régions métropolitaines, le Front National. Ce parti que je combats depuis que je suis en âge de comprendre quelque chose à la politique, ce parti que j’ai plusieurs fois cru vaincu, ce parti qui a muté sans que je m’en aperçoive est aujourd’hui aux portes du pouvoir.

Des années durant, j’ai chanté le slogan F comme Fasciste, N comme Nazi, en sachant bien que je galvaudais la réalité historique. Le parti de Jean-Marie n’était pas fasciste, car il ne voulait surtout pas le pouvoir. Il était poujadiste, vichyste, profondément réactionnaire, mais pas fasciste. Le parti de Marine, lui, est fasciste. Il veut le pouvoir, et n’hésite pas à s’éloigner de la vieille politique économique des petits commerçants pour s’imprégner d’un discours social qui ferait vomir le père mais qui nous ramène bien aux fondamentaux du populisme de droite et du fascisme.

Mais la dérive fasciste du FN n’est pas le sujet de cet article. Cet article n’a qu’un but. Convaincre mes amis abstentionnistes (et peut-être aussi quelques autres) d’aller voter dimanche.

Pour commencer, observons les résultats du premier tour, notamment ceux du FN, en termes de voix. Il n’est pas question ici de minimiser son score, bien au contraire, mais de faire prendre conscience d’un fait. En nombre de voix, le Front National n’a pas réalisé un meilleur score qu’en 2012, et celui-ci est assez similaire si l’on compare aux précédentes élections présidentielles à l’exception de 2007 quand Sarkozy avait réussi à siphonner les voix du père.

Il est même intéressant de noter que dans les villes dirigées par le FN, celui-ci n’a pas progressé en terme en nombre de voix, au contraire même, mais que la hausse de l’abstention dans les autres électorats lui permet de monter en valeur relative[1]


L’abstentionniste nouveau est arrivé

Non, ce qui frappe, c’est que, comme aux dernières élections européennes et départementales, le FN parvient à maintenir son score habituellement réservé aux présidentielles.

Car ce n’est pas tant que l’électorat FN s’est accru, c’est surtout qu’il souhaite désormais que son parti gouverne. D’un vote contestataire se produisant à chaque élection présidentielle et se transformant en abstention lors des élections mineures, c’est devenu un vote d’adhésion pour lui donner les clés du pays. Et pour la première fois dans l’histoire de ce parti[2], il veut bien qu’on les lui donne.

Pour l’instant, le FN ne parvient pas à recruter particulièrement au-delà de son électorat traditionnel, même si certains signes comme sa progression chez les plus jeunes où son entrée dans certains territoires jusqu’ici protégés font craindre le pire pour la suite. Surtout si l’autre phénomène qui ressort de ces élections se poursuit.

Car, si l’électorat FN ne s’abstient plus à ces élections, qui sont ces 50% d’abstentionnistes ? Et bien ce sont vous, mes amis à qui j’écris. Cet électorat, majoritairement de gauche, qui ne vote plus car il n’y croit plus, fatigué des renoncements électoraux, épuisé des forfaitures politiques et dégoûté de l’absence totale d’alternative.

Ce constat, je le partage. Pourtant, je me refuse à m’abstenir. Et pas seulement pour faire barrage au FN ou même à la droite, même si cet argument est déjà conséquent.

 

Votez bien, votez contre

Pour être franc, je n’attends rien des élections et j’en suis bien content. Je ne crois pas aux lendemains qui chantent ni aux Grands Soirs. Les changements ne viennent jamais d’en haut. Ils viennent du quotidien, ils viennent de l’action locale, concrète, immédiate des associations et de tous les engagements citoyens. Chaque bénévole dans la lutte contre l’exclusion ou l’accueil des réfugiés, chaque volontaire de Service Civique, chaque membre d’une AMAP, chaque adhérent d’une bibliothèque de quartier fait plus que n’importe lequel des militants politiques (heureusement, ils peuvent parfois faire les deux).

Toi qui ne votes pas, qu’attends-tu vraiment des élections ? Et que fais-tu en dehors de celles-ci ? Car si tu es actif dans la vie associative, tu ne peux pas nier la différence qu’il existe entre la gauche et la droite au pouvoir. Evidemment qu’Hollande n’a pas fait autant que ce que l’on pouvait espérer. Mais, l’air de rien, ça fait trois ans que malgré les actualités sordides, on ne parle pas d’identité nationale, de viande halal dans les cantines, des Roms qui volent nos poules et d’insécurité dans nos banlieues.

Surtout, il ne faut pas se tromper de colère. On accuse l’électorat FN de confondre enjeux nationaux et scrutin local, ne faisons pas de même. Les compétences de la région sont grandes, mais elles n’ont rien à voir avec la politique économique du gouvernement. Par contre, la vie culturelle et notamment la production artistique, les transports ferroviaires et la formation professionnelle en dépendent. Tous des services que nous utilisons chaque jour et que nous regretterons peut-être de voir changer d’orientation. Car quand la droite est au pouvoir, notre rôle au quotidien se réduit souvent à combattre les méfaits de leur politique, quand la gauche a, au moins, le mérite de nous laisser agir et innover.

pif-voteVoter, ce n’est pas soutenir, c’est éliminer l’adversaire, pour pouvoir agir après. Et ce n’est pas un constat d’échec que je fais, bien au contraire. Pourquoi déléguer notre pouvoir ? Pourquoi attendre un leader, quel qu’il soit, qui change notre quotidien quand nous pouvons le faire nous-même ?

Il faut prendre la mesure de la situation et du caractère historique de l’époque que nous vivons. L’Histoire étudiera l’impact des décisions que nous avons prises et que nous prendrons dans les jours, mois et années qui viennent. Notre ego de gauchiste est-il plus important que l’enjeu politique ?

Et surtout, ce contexte ne devrait-il pas nous pousser à inventer, à innover, à expérimenter de nouvelles formes d’expression politique, pour sortir du schéma représentatif à bout de souffle ? Cette réflexion, ce changement, ne pourra pas naître si notre quotidien consiste à lutter contre la droite et l’extrême droite au pouvoir.

Alors, mes amis, s’il vous plaît, allez voter dimanche.

 


 

[1] http://lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/12/09/regionales-le-fn-dans-les-villes-frontistes-une-progression-en-trompe-l-il_4827855_4355770.html

[2] En fait, la seconde, mais en 1998, cela avait entraîné la scission du parti…

 

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