Accéder au contenu principal

Football’s not dead !

 Ce premier trimestre 2016 aura été marqué par la disparition de grands noms et de grands artistes. Les réseaux sociaux se sont remplis de chansons de Bowie, de clips, de souvenirs, de témoignages… Mais ce 24 mars, ce n’est ni un musicien, ni un acteur mais un footballeur dont on a appris le décès. Et pourtant, Johan Cruyff était bien un artiste.

À chaque fois que je fais une allusion à ma passion pour le football au travail ou avec des personnes nouvellement rencontrées, on me regarde, surpris, comme si le football était incompatible avec mes valeurs et mon attitude générale d’intellectuel de gauche prétentieux. Le foot, c’est gras, c’est beauf et c’est con. Et le supporter de foot (oui, on ne dit pas amateur ou passionné, on dit supporter, pour bien marquer son dédain) est en plus de ça violent, raciste et demeuré.

Et le footballeur, lui, c’est encore pire. Quel idiot ! Analphabète et inculte. Alors oui, Cristiano Ronaldo est un crétin, mais l’artiste est justement le seul qui peut se le permettre quand il a du talent, et si vous avez déjà entendu une phrase intelligente dans la bouche de Mick Jagger, vous êtes prié de me la signaler.

Je n’ai pas eu la chance de voir jouer en direct Johan Cruyff. J’ai dû me contenter de vidéos, de résumés et d’articles pour le connaître et l’admirer. Mais j’ai appris le foot en regardant jouer son Barça du début des années 90 et ce football de tacticien, de technique, de talent et de furia. C’était beau et ça a changé à jamais ma vision du foot.

Enfant, je lisais les résumés des matchs, je m’abreuvais de livres à la bibliothèque qui décrivaient les tactiques de Cruyff avec des schémas et quelques photos en noir et blanc car mes parents ne regardaient jamais le football à la télévision. J’ai connu l’organisation tactique du Barça ou la vision du football total du grand Ajax avant d’avoir vu un match en entier.

Adolescent, j’ai en plus compris que Cruyff, c’est aussi la découverte d’un autre foot, fait d’engagement politique, de rébellion et d’esprit libertaire : la cigarette à la mi-temps, le refus du mondial 78 en pleine dictature argentine ou sa condamnation du franquisme. Sans oublier le côté rock star, le personnage complexe et son arrogance qui renforcent les similitudes avec un David Bowie.


La mort de Cruyff, c’est l’occasion de crier l’amour du football, de ses esthètes et de ses tacticiens, des funambules et de leurs chorégraphes. Aller au stade, c’est comme aller à un concert. C’est être en relation directe avec les créateurs. Et on peut y prendre du plaisir autant au Camp Nou qu’au stade municipal du coin. Aller au stade, c’est voir le jeu des 21 joueurs qui n’ont pas le ballon dans les pieds et dont le mouvement permet la continuité du jeu, comme on peut admirer le bassiste qui tient le tempo quand le chanteur semble prendre toute la place sur scène. Aller au stade, c’est ressentir son cœur chaviré devant une improvisation que l’on espère maîtrisée mais qui peut toujours basculer.

La mort de Cruyff, c’est aussi l’angoisse de se dire que les prochains seront peut-être les héros de ma jeunesse. Maradona, Stoitchkov, Cantona ou Zidane sont eux aussi mortels. Mais comme tous artistes, leur œuvre leur survivra. Et d’autres, innombrables, poursuivront leurs expérimentations.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Starshooter, une histoire du rock à Lyon

[Dimanche en chansons #22] Difficile de parler du rock lyonnais sans commencer par Starshooter.  La bande de Kent est à la fois le groupe lyonnais le plus connu de cette époque, et même temps, son histoire sonne comme symbole du rendez-vous raté entre une scène incroyablement riche et le grand public. Une histoire qui commence au lycée, comme souvent dans ce genre d’histoire, où les rencontres et l’émulation entre les personnes donnent l’impression du bon endroit au bon moment. On est au milieu des années 70 et une bande de copains s’amuse à faire du rock et des reprises débiles. On retrouve les futurs membres des trois principaux groupes de l’époque : Marie et les garçons, Electric Callas et les premiers d’entre eux, Starshooter. En 1975, c’est à la fête du lycée qu’ils font leur premier concert et, en même temps, leur premier triomphe. La petite bande comprend alors que le succès est possible. Ils enchaînent les concerts et sortent, fin 77, leur premier 45 tou...

Un an déjà...

Un an déjà que j'ai créé ce blog. Un an que je me dis que j'ai créé ce truc pour m'exprimer et me défouler face à une actualité que je n'arrive plus à encaisser, et surtout face à une analyse de l'actualité toujours plus atterrante et lénifiante. Et puis il y a eu ce sondage. Celui avec Marine Le Pen à 24%. Et les réactions à ce sondage. Et les commentaires, les analyses... Et l'écœurement a atteint son paroxysme. Je ne peux plus me taire. Ou plus exactement, je ne peux plus me contenter de parler. Je dois écrire. Ecrire, la seule chose qui compte c'est écrire. Il faut se forcer, se bouger, se faire violence, mais il faut que j'écrive. Ecrire pour organiser mes idées, écrire pour y voir plus clair. Est-ce que ma prose vaut vraiment le coup d'être lu ? Cela a-t-il un intérêt pour les autres de lire ceci ? Je n'ai pas de réponse à ces questions, mais c'est bien pour ça que je tente le coup. Et pour dire quoi... Et bien, mes idées, mes certitu...

Repenser la gauche

Difficile de dire qu’on n’a pas vu venir les résultats des élections. Depuis la présidentielle de 2017 et l’élimination de François Fillon dès le premier tour, la droite dite républicaine ne cesse de s’affaiblir et de laisser la place au Rassemblement National. Car c’est la première leçon de ces élections. La droite se recompose en mettant fin au modèle issu de la seconde guerre mondiale. En effet, au lendemain de la guerre, la droite sort décapitée par la collaboration d’une grande partie de ses cadres et de ses élites et ne doit son honneur qu’au Général De Gaulle qui peut reprendre le flambeau des valeurs conservatrices et qui va symboliser la droite française pendant les cinquante années suivantes. Mais cette période est avant tout une parenthèse, avec une extrême droite cantonnée à l’extérieur du cercle républicain et une droite traditionnelle héritière de De Gaulle. Sans refaire l’histoire de la droite française et de ses trois courants orléaniste, bonapartiste et légitimiste...